IG Mag Archives #8 : La saga Strider

art

Qu’évoque le label Strider Hiryu de nos jours ? Pour beaucoup de jeunes joueurs, pas grand chose, au mieux un nom croisé dans une compilation Capcom appartenant au grand frère ou au papa. Pour les plus vieux par contre, Strider reste un grand souvenir. Un moment de grâce vidéoludique auquel on repense, la larmichette au coin de l’oeil. Car, plus qu’un simple jeu d’action, ce hit fut une belle avancée pour le genre qu’il représentait. 

Né sur le papier

C’est tout d’abord sous la forme d’un manga que nait Strider Hiryu. Dessiné par Tatsumi Wada pour la revue Monthly Comic Comp (éditions Kadokawa Shoten), les aventures du ninja sont publiées de mai à octobre 1988. Coproduit par Capcom, ce manga est censé poser les bases d’un futur jeu vidéo. Une opération cross-média comme on en voit tant de nos jours, en somme.

1-Strider Manga

Étonnamment, le jeu qui débarquera dans les salles d’arcade en 1989 ne reprendra aucunement le scénario du Strider version papier. Pour cela, il faudra attendre encore un peu mais nous y reviendrons un plus loin dans ce dossier. Qu’importe, car c’est une petite révolution qui s’abat dans les salles de jeu. Restituons le contexte : à la fin des eighties, la grande majorité des jeux d’action ne permettaient que d’avancer de gauche à droite, de sauter et de détruire des vagues d’ennemis. C’est un peu caricatural mais malgré la présence de quelques originalités placées ici ou là (selon les titres), on retrouvait globalement les mêmes recettes, encore et toujours.

2

Capcom n’était pas un bleu dans ce milieu impitoyable et les gamers de bon goût purent s’adonner à des perles comme Forgotten Worlds ou Ghouls ‘n Ghosts, tous deux développés sur le hardware CPS de l’éditeur japonais. Hardware sur lequel Strider a également été conçu. Une pièce glissée dans la borne et zou, on prenait le contrôle du très charismatique Strider Hiryu. Premier contact : on voit notre ninja atterrir dans une Union Soviétique futuriste (l’action prend place en 2048). Le ton est donné. Si durant les premières secondes de jeu, on profite du Cypher, une sorte de sabre laser que l’on dégaine avec une rapidité vertigineuse, la rupture s’opère très rapidement dès que des plates-formes ou des obstacles nous font face.

3

Car figurez vous qu’au lieu de sauter bêtement de poutrelles en poutrelles, comme le paltoquet de base, Hiryu s’y agrippe directement avec ses petits bras musclés. Il peut ainsi atteindre les sommets d’un niveau en un rien de temps. Quant aux murs bloquant le passage, il les escalade avec grâce et assurance. Doté de sauts vertigineux et d’une agilité à tout épreuve, le héros du jeu de Capcom brisait les conventions et faisait souffler un véritable vent de fraîcheur sur le genre.

Dur comme le fer

strider

Au-delà de la performance acrobatique, notre athlète peut aussi compter sur ses fidèles « Dipodal Saucer», des petits robots qui gravitent autour de lui pour le protéger de la menace environnante, sans oublier une panthère métallique nommée sobrement «Terapodal Robopanter». Ces compagnons n’étaient pas de trop car Strider ne vous conviait pas à une randonnée contemplative. D’une difficulté « capcomienne » et emprunt de la fameuse philosophie old-school du die and retry, il fallait avoir les nerfs bien accrochés et connaître les dangers par cœur. Si l’on possède quand même quelques points de vie, ces derniers sont vites balayés au moindre faux pas. D’autant que le voyage était éprouvant : Saint-Pétersbourg, Sibérie, une forteresse volante, l’Amazonie et la « Third Moon », base du Grandmaster Meio, grand méchant de l’histoire dont la vocation est de dominer le monde.

Meio2

Visuellement, ça en jetait un max et Strider envoyait du bois en 1989. A la beauté graphique, venait s’ajouter une variété d’environnement supra dépaysante, comme nous le précisions un peu plus haut. Le level-design étourdissait lui aussi car, toujours dans cette optique de sortir des sentiers battus, on ne vous demandait pas d’avancer tout droit et tête baissée, avec pour seuls obstacles quelques précipices et autres collines. Se pliant logiquement aux capacités du héros, la construction des niveaux vous malmène plutôt comme un yo-yo : escalade, plates-formes mouvantes, gravité perverse, etc.

L’objectif premier est de proposer du jamais vu et si le jeu peut aujourd’hui paraître d’un classicisme total, c’était tout le contraire il y a 20 ans de cela. Les joueurs n’avaient jamais été confrontés à des situations si délirantes. Enfin, pour enfoncer le clou, Strider avait comme ultime audace d’afficher des sprites énormes pour certains monstres.

Strider, c’est plus fort que toi !

Vous vous doutez bien qu’une telle bombe ludique, acclamée de tous, allait forcément passer par la case conversion. Impossible en effet de ne pas profiter d’une telle poule aux oeufs d’or. Cassons tout de suite le suspense en ce qui concerne la meilleure adaptation : elle tourne sur Mega Drive. Sortit en 1990, cette cartouche enthousiasma les segamaniaques tant elle se rapprochait de la borne d’origine.

127470-strider-genesis-screenshot-leaping-down-the-beautiful-mountainside

La raison de cette réussite est toute simple : SEGA, plus à même de connaître sa machine sur le bout des doigts, se chargea lui-même du développement. Une stratégie payante, déjà testée en 1989 avec la version Megadrive de Ghouls ‘n Ghosts, programmé alors par Yuji Naka (futur papa de Sonic). On attendait également Strider sur SuperGrafx, version qui s’annonçait comme ultime, mais le projet tomba à l’eau, malgré des screenshots ahurissant de beauté vus dans la presse spécialisée.

9

A noter qu’une mouture Master System débarquera en Europe en 1991. Bien plus tard, en 1994, NEC Avenue développera un portage sur CD-ROM², avec des séquences animées en prime.

50383-strider-sega-master-system-screenshot-wrestlers

Version Master System.

 

La déferlante Strider se fit bien plus ressentir sur les micro-ordinateurs domestiques et tous, ou presque, eurent droit au hit de Capcom : Commodore Amiga, Amstrad CPC, Atari ST, Commodore 64 et ZX Spectrum. Des versions qui déboulèrent dès 1989, la même année que la sortie du jeu dans les salles d’arcade. Seul hic, le boulot est confié au studio Tiertex, besognant pour un éditeur de sinistre mémoire : U.S. Gold. Ce dernier a marqué au fer rouge les gamers des années 80/90 à cause de ses conversions des hits Capcom et Sega furieusement bâclés. Et pourtant, le Strider version micro ne sera pas si navrant que prévu. Certes, nous sommes loin d’un travail d’orfèvre mais U.S. Gold a édité bien pire que cela. Il ne fait par contre aucun doute que l’Amiga et l’Atari ST (les deux micros 16-bits de l’époque) sont une fois de plus sous-exploités. Un ordinateur japonais, le X68000, eut lui aussi son Strider en 1991, réalisé par Capcom himself.

512242-strider-amiga-screenshot-fighting-gymnasts-in-level-twos

Version Amiga.

 

Changement de cap sur NES

Revenons une nouvelle fois en 1989, quelques mois après l’apparition de la borne Strider. Une version déboule sur NES, avec une aventure totalement remodelée et dont le scénario se base cette fois-ci sur le manga d’origine. Bizarrement, la sortie japonaise sera annulée et seuls les américains auront la joie d’y toucher, alors que ces derniers n’avaient jamais entendu parler du manga.

11-NES

Les différences liées à cette cartouche sautent rapidement aux yeux. Hiryu a gagné un grappin (pratique pour se déplacer) mais en contrepartie, ses capacités acrobatiques sont largement amoindries. On notera également un léger côté aventure avec des indices à glaner ici et là. Clairement, nous sommes loin de l’aura que dégage la borne d’arcade mais Capcom offre tout de même un jeu solide et très divertissant.

De son côté, U.S. Gold écoulera des palettes entières de Strider sur micros et de tels bénéfices vont lui donner une idée saugrenue, même si -hélas- totalement légitime : faire une suite ! Et ce n’est pas Capcom qui va la réaliser, ô que non, mais Tiertex, qui se remet donc rapidement au boulot pour livrer en 1990 un misérable Strider II (connu également sous le nom de Strider Returns).

16-Strider Returns (MD)

Vidé de toute substance, cette séquelle ridicule sera terriblement accueillie par la presse spécialisée. Envahissant dans un premier temps les micros Amiga, Atari ST, Commodore 64, Amstrad CPC et ZX Spectrum, cette ignominie sera éditée ensuite sur Master System, Game Gear et Megadrive, en 1992. Une abomination de plus éditée par U.S. Gold qu’il vaut mieux oublier.

Un retour fracassant

art7

Il faudra attendre 2000 pour que Capcom offre aux fans d’Hiryu une véritable suite à Strider. Sobrement appelé Strider Hiryu 2, ce retour tant attendu s’opère dans un premier temps dans les salles d’arcade. Toujours à la poursuite du Grandmaster Meio, Hiryu évolue cette fois-ci dans un univers en 2.5D. En clair, si le ninja vengeur est façonné en 2D (tout comme certains sprites ennemis), les décors et la majorité des assaillants font appel à la 3D. Un panaché idéal -que l’on a pu voir plus récemment chez Capcom avec Ultimate Ghosts’n Goblins sur PSP- qui permet aux différents stages de s’adonner aux délires les plus exquis. Et oui, si cette suite ne suscitera pas autant d’engouement que le jeu de 1989, elle n’en demeure pas moins excellente. Strider 2 a une pêche d’enfer, tout y est très nerveux, très classe.

22-Strider 2

Bonne nouvelle : Hiryu n’a pas perdu ses talents d’acrobate et il bondit, s’accroche un peu partout, comme à la grande époque. Les environnements proposent à nouveau une belle variété de thèmes, même si le périple s’avère relativement court en définitive. Le joueur a le choix de parcourir les premières zones dans l’ordre qu’il désire et après avoir nettoyé tous les stages, le cinquième niveau se débloque.

23

Il faudra ensuite affronter trois boss particulièrement retors : Strider Hien, Grandmaster Meio et une arme de destruction massive : le Caduceus. En terminant le jeu on obtient un joli bonus des familles : le droit de refaire le parcours avec le Strider Hien. Ce cher monsieur est équipé, excusez du peu, d’un Cypher à doubles lames. Il ne rigole pas et fait encore moins dans la dentelle que le brave Hiryu, c’est dire !

Toujours en 2000, Strider 2 connaîtra une conversion sur PlayStation. Un portage qui ne nécessitera pas de migraine chez les développeurs de Capcom car le jeu d’arcade tourne à l’origine sur une carte Sony, la ZN-2, petite cousine du hardware qui habite la console 32-bits. Bref, la console grise y gagnera une version en tout point fidèle à l’originale, accompagnée du Strider de 1989. Joli bonus. Inutile de vous dire que chez Capcom, le Strider 2/Returns d’U.S. Gold n’a purement et simplement jamais existé. Et c’est tant mieux. Nous vous conseillons donc vivement de vous procurer ce petit bijou.

24

Note 1 : US Gold, l’éditeur de la honte

Au temps jadis de la guerre que se livrait l’Amiga et l’Atari ST, U.S. Gold était l’un des rares sujets sur lequel les possesseurs des deux machines étaient d’accord. Tous détestaient cet éditeur ! Spécialiste des adaptations ratées issues des licences Capcom et SEGA, certains se souviennent encore des massacres réalisés sur Street Fighter II ou encore Shadow Dancer. Nous étions loin du grand Ocean, roi des adaptations parfaites (Rainbow Island, Toki). U.S. Gold n’hésitait pas également à faire dans la publicité mensongère comme, par exemple, le cas de Ghouls ‘n Ghosts sur micros, avec des screenshots de la version arcade au dos de la boite. Du coup, les gamers retinrent leur souffle quand ces gredins annoncèrent une adaptation de Sonic sur Amiga (voir screenshot ci-dessous). Heureusement, le projet fut annulé.

Encadré2-3.png

Note 2 : Osman ou l’héritage de Strider 

3495_1

En 1997, les salles d’arcade accueillent un titre intitulé Osman (ou Cannon Dancer au Japon). Et ce dernier ressemble très fortement à Strider. Et cette ressemblance si frappante n’est pas le fruit du hasard. Edité par Mitchell Corp., ce petit bijou a été pensé et produit par une partie de l’équipe qui avait travaillé sur Strider (dont Kouichi Yotsui). Doté de grandes qualités (normal vu son modèle), Osman n’a pourtant jamais bénéficié d’une quelconque popularité.

La suite dans IG Mag#4…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s